Nous y voilà, dans cette année d’élections, d’élections présidentielles et d’élections législatives. Nous y voilà, à ce carrefour de notre vie démocratique, celle où le peuple donne de la voix dans le silence de l’isoloir et essaie de prendre le pouvoir, ou du moins de le confier à qui lui semble capable de l’assumer. C’est le moment pour chacun de s’interroger : Qu’est-ce que je veux dire de mon idée de la France et de la démocratie, quelles priorités je veux donner pour que ma vie dans ce pays me devienne plus douce, quelle confiance est-ce que j’ai encore dans les hommes et les femmes qui se présentent au suffrage universel ?

J’imagine que personne n’ira aux urnes la fleur au fusil, en sifflotant avec insouciance, comme si tout allait tout bien. Nous sommes par trop échaudés par des années et des années de présidences, de gouvernements et de majorités successives pour être sans vigilance devant ceux que nous choisirons. Beaucoup d’ailleurs iront voter avec la rage au ventre, prêts à envoyer baladés tous les caciques du système, ou bien frustrés de voir ce que devient le monde, la France, la politique ; en colère peut-être contre ces politiciens de tous bords qui se succèdent sans offrir de meilleures vies à leurs concitoyens.

Alors, aujourd’hui, nous ne vous parlerons pas d’Hagondange ou des petites histoires qui s’y trament. Ça n’a qu’un intérêt modéré quand c’est le destin de 66 millions de personnes qui se joue en partie dans quelques semaines. Nous voulions évoquer l’interdit par la Mairie de la collecte au bénéfice du secours populaire d’Hayange chassé de ses murs par le Maire FN de cette ville, mais ce n’est là qu’un tout petit exemple du risque que nous voyons poindre que se détissent nos solidarités et les droits durement acquis pour continuer à intégrer à la communauté nationale, les vieux, les malades ou les blessés, la femme enceinte et le jeune enfant, celui qui vient de perdre son travail, par accident ou à cause de notre économie encore faible et convalescente.

Le contexte international est inquiétant, où les pouvoirs, que l’on regarde à l’est ou à l’ouest, semblent de plus en plus aux mains de personnalités, non seulement fortes, ce serait encore compréhensible, mais aussi narcissiques, autoritaires et peut-être aussi va-t-en-guerre ; contexte international où la menace terroriste et les intégrismes semblent pouvoir nous toucher en tous lieux et à n’importe quel moment. Beaucoup alors d’entre nous vont alors se demander qui fera le meilleur rempart contre toutes les catastrophes, géopolitiques, économiques, écologiques, sociétales ou religieuses dont nous nous sommes tous faits peu ou prou, des prophètes de malheur.

Nous avons maintenant tous compris qu’il n’y a qu’un monde, qu’une terre. Nous avons tous vu que dans le moindre de nos gestes quotidiens, dans le plus petits de nos téléphones, sur presque tous les étals de nos magasins, la mondialisation laisse ses traces. C’est que l’interdépendance des peuples et des individus ne peut plus faire de doute. Nous ne saurons plus nous couper du monde. Nous n’avons en fait de choix qu’entre la brutalité, au nom de tel libéralisme ou protectionnisme économique ou politique, et la régulation équilibrée des relations. Nous n’avons en fait pas d’autre nécessité que de réduire les écarts générés par l’incroyable et scandaleuse répartition très inégalitaires des richesses qui rejettent dans la pauvreté et le chômage tant de familles.

Nous n’avons pas à dire pour qui voter, à chacun d’entre nous, cela peut sembler un casse-tête tant primaires et candidats donnent le tournis. Mais nous sommes face à des donnes inédites où rares sont les candidats d’aujourd’hui qui l’étaient il y a cinq ans, du moins à la présidentielle, et peut-être, nous le découvrirons bientôt, pour les législatives. Nous voulons cependant rappeler ce qui, à notre sens, fonde ce qu’on pourrait appeler les valeurs de gauche, (du moins, ce qu’elle était encore il y a quelques années) : la solidarité.

La solidarité, c’est que qui fait rechercher un partage du travail qui permettent à tous d’y trouver une place, c’est ce qui fait que la femme et l’homme sont considérer comme égaux en terme de salaire et de carrières, c’est ce qui fait que l’école offre un vrai socle commun d’intelligence et de connaissance, quels que soient le milieu ou l’origine, c’est ce qui fait défendre autant que la richesse du pays le permet, nos concitoyens atteints par la maladie, le handicap, la grande vieillesse ou l’accident grave de la vie, c’est ce qui fait de notre peuple l’ami des autres peuples.

La solidarité, c’est l’autre nom des droits de l’homme dont s’enorgueillit notre pays, la solidarité, c’est l’héritage laïcisé d’une tradition judéo chrétienne qui a su se réformer et renoncer aux diktats du religieux pour permettre le lien entre des hommes et des femmes d’origines et de croyances diverses, c’est l’exigence de justice qui trouve une traduction dans l’organisation politique et économique de notre société, c’est une égale préoccupation du présent et de l’avenir.

Nous ne vous demandons en fait que d’être citoyens, c’est-à-dire acteurs de ce pays qui ne tient que parce que nous organisons notre façon de vivre ensemble de façon démocratique et solidaire. Faites-le par le vote, faites-le par vos engagements militants ou associatifs, faites-le selon vos convictions, faites-le comme vous voulez, mais faites-le.