En ce jour de fête nationale, je me souviens de ma réflexion au lendemain des attentats de novembre 2015 et vous la repartage.

Sans doute est-ce sur l'horizon, jamais foulé, de sa devise que le pays peut sembler devoir briller au firmaments de nations. Mais la France, ce n'est pas une idée et moins encore un idéal. La France c'est, et ce n'est, exactement que ce que nous en vivons. la France, c'est le rapport sensoriel, sensuel, relationnel que nous avons avec ses paysages, ses habitants (d'où qu'ils viennent), son organisation sociale et politique, ses écoles, ses hôpitaux, ses travailleurs, ses chômeurs, ses forces de l'ordre, ses vieux, ses enfants ...

Il faut presque toujours plusieurs couleurs à un drapeau, plusieurs couleurs pour dire combien un pays reste fait de diversité, de multitude, d'apposition et d'opposition. Un pays n'est jamais univoque, au mieux c'est un chœur polyphonique, et c'est que j'attends d'elle, une façon de faire harmonie à partir d'une pluralité de voix.

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Qu'est-ce qu'être français ?
Être français, ce n'est pas d'être d'une race ou d'une religion particulière. Ce n'est pas non plus nécessairement être patriote ou nationaliste. Ce n'est pas seulement avoir l'esprit des lumières ou l'esprit gaulois. Ce n'est pas entonner la marseillaise à tue-tête ou s'ériger en phare du monde. Non être français, c'est bien plus et bien autre chose que cela.
Être français, c'est avoir la chance de partager une langue d'une incroyable culture et fantaisie. C'est être d'un voyage qui nous fait faire toujours le tour du monde. C'est la fierté et l'incroyable défi permanent d'une devise qui nous dépasse. C'est cette façon bavarde de philosopher et de faire littérature.
C'est cette façon de partager le repas et un verre. C'est cette bonne foi et cette mauvaise foi sans cesse emmêlées. C'est ce petit air supérieur qu'on se donne parfois, mais tout en sachant qu'il fait de nous un coq sur un tas de fumier. C'est cette façon insupportable aux visiteurs que nous avons d'être râleurs. C'est cet art d'être moqueur, taquin, espiègle, plus potache que bête et méchant, dans l'autodérision de tous nos côtés dérisoires.
Être français, c'est s'engueuler et c'est s'aimer, en même temps, toujours prêt à une troisième mi-temps, toujours prêt à la fête et l'amitié. C'est venir de n'importe où et de se sentir ici chez soi. C'est une manière souvent de s'endormir sur ces lauriers, cette intolérable manière d'être plus fier du passé et de laisser filer le présent.
Être français, c'est avoir préféré le droit du sol au droit du sang. C'est avoir choisi l'assurance sociale plutôt que l'assurance privée. C'est avoir voulu une République sans religion pour que toutes y aient une place. C'est pouvoir faire association de tout à condition de n'appeler pas à la haine. C'est vouloir une école pour tous pour ouvrir l'enfant au monde d'aujourd'hui.
Être français, ça ne tient pas dans un hexagone, mais ça tient dans la tête et ça tient dans le cœur. Ça ne tient pas dans un acte de baptême, ni dans un certificat de nationalité, ça prend aux tripes. Ça ne tient pas dans un drapeau tricolore, c'est multicolore et c'est métis. Notre généalogie ne tient pas dans un chêne, un olivier, un palmier, un baobab, c'est juste "un arbre". Être français, c'est être résistant aux totalitarismes et allergiques aux dictatures. Être français, c'est être en révolte contre tout, et surtout l'injustice ou le malheur. Être français, c'est se battre pour soigner les maux de la terre, contre vents et marées.
Alors, là, oui, je suis français, et seulement à ces conditions ; à condition d'aimer autant le bœuf bourguignon, la pizza, le coucous ou le mafé ; à condition de pouvoir jouer aux foot avec tous les gamins de mon école ; à condition d'être invité à toutes sortes de fêtes de naissance ou de mariage ; à condition de pouvoir écrire mon nom de famille avec toutes les syllabes du monde ; alors, là, oui, je suis français ...
Mais je comprends tous les ressentiments qu’il peut y avoir à découvrir qu’on n’a pas été invité à cette fête-là. Je comprends le sentiment de rage et de défaite, le sentiment d’injustice et d’exclusion, l’amertume et la violence qui emparent les cœurs et les esprits de tous ceux à qui on a dit “Tu es français, mais tu seras mis au ban, tu n’auras pas droit au gâteau, d’autres s’empiffrent quand toi tu crèves la dalle”. Je comprends ... et je pleure quand le pays des lumières s’oublie lui-même, quand il s’éteint à petit feu.
 
Tydé