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J'avais un pays qui était celui des Lumières et des droits de l'homme. J'avais cru comprendre que ça voulait dire qu'un homme en valait un autre, même quand c'était une femme, un gosse, un vieillard, quelle que soit sa couleur, son orientation sexuelle ou sa religion.
Je croyais que je vivais en république, cette chose publique qui était la même pour tous quand les choses privées avaient le droit d'être très différentes de l'un à l'autre. Je croyais que la laïcité permettait de rappeler à tous les hommes, qu'ils croient ou non, que le jugement de Dieu devait rester entre ses mains sans être jamais confié aux nôtres. Je croyais que la démocratie, c'était confier la responsabilité de gouverner en se basant sur les choix du peuple qui exerce son esprit critique.
Je vois pourtant qu'on vote maintenant plus à l'émotion qu'à la raison, on vote sans illusion ni utopie. Les bureaux de vote sont devenus sinistres et vieillots et il y a peu de jeunes qui s'y aventurent. Les plus incroyables peut-être, c'est que les terroristes, contre toutes logiques, voudraient élire leurs plus farouches adversaires, histoire de bien justifier de chaque côté la guerre.
Aucun bulletin, dans aucune urne, ne rendra à la France sa grandeur fantasmée. Retourner en arrière, par définition, ne fait pas avancer les choses. Quand comprendrons-nous que la France éternelle, ça n'existe pas, que c'est juste une belle histoire. Ne cherchons plus nos modèles dans le passé, Malgré la grandeur d'un Jaurès, d'un De Gaule, c'est devant nous qu'il faut regarder, regarder un monde en pleine mutation, en monde dans les turbulences d'une petite planète épuisée, un monde lancé à pleine vitesse, hyper connecté, hyper déboussolé.
La gangrène de l'injustice, de la pauvreté et du désespoir ne s'arrête pas au contrôle aux frontières. Arrêter le malheur n'est pas chasser les malheureux, empêcher la pauvreté n'est pas refouler les pauvres. Rien ne sert au médecin de lutter contre la maladie si c'est pour tuer le malade.
Je comprends bien que le vote puisse être le signe d'une colère, d'un désespoir et d'une désillusion. Je ne comprendrais pas qu'il s'obstine à être simplement de l'huile jetée sur le feu et de la dé-solidarité organisée.
Putain, peuple de France, tu n'as que trois mots à dire et à redire, trois mots, putain, trois mots, tu t'en souviens ??? Liberté, égalité, fraternité!!! Ils sont là pour nous rappeler qu'aucun n'est jamais acquis, ils sont là pour nous faire entrer en résistance. Tous ceux qui voudraient en faire de vains mots feraient bien de commencer par fermer leur gueule et ouvrir leur coeur. Il faut se retrousser les manches, le monde ne peut plus attendre, il agonise déjà. Soit nous tirons une balle dans la tête avec lui, soit nous commençons à la soigner sans délai.